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                                    Caroline

 


J'ai pu découvrir notre beau Maël à 19h30 en ce 16 février 1994, huit heures après mon arrivée à la maternité des Teinturiers à Toulouse.

Nous avions choisi un lieu de naissance qui se rapprochait le plus possible de notre attente principale : que notre enfant naisse dans le respect de sa personne et celui de ses parents. Ces pensées, nous les avions sans trop savoir comment s'y prendre, sans connaissance de cause. En fait, nous avions choisi un lieu et étions très confiants quant aux personnes qui le régissaient.


Ils prônaient " l'accouchement dans l'eau " : mythe plutôt que réalité à mon avis. D'ailleurs dès les premiers cours de préparation, la sage-femme nous met en garde que ce type d'accouchement est très rares. Moi même, je n'ai pas vu la couleur de la baignoire !

Mes premières contractions m'ont brusquement réveillées à 1 heure du matin. Tout le restant de la nuit, je suis prise de diarrhées et ça perce la poche des eaux sans m'en apercevoir. Nous ne nous sommes pas affolés car nous savions qu'il était inutile d'arriver trop tôt à la maternité. Au petit matin, j'ai pris un bain, j'étais sereine, détendue, sûre de moi.

A huit heures nous décidons de partir à la maternité sachant que nous avons environ 80 km à parcourir. Notre arrivée dans les lieux est passées inaperçue !On nous fait attendre avec d'autres couples en phases de devenir parents. C'est à ce moment là que j'ai l'impression de perdre pied, de me dépersonnaliser. Je ne sais plus combien de temps nous avons patienté dans ce hall avant que l'on nous prenne en considération mais nous avons senti tout de suite que nous étions " sur liste d'attente ". Toutes les chambres de naissance étaient occupées. La petite maternité était surchargée de travail.

A aucun moment des événements qui vont suivre, nous avons mis en cause le personnel, ni mis en doute notre choix. Nous avons été seulement surpris, étonnés par la tournure que prenait les choses. Ce n'est que bien plus tard (2 ou 3 ans après), que nous avons pensé que ce qui va suivre aurait pu être évité et maintes questions se sont posées à nous.

Une sage-femme nous enfin pris en charge pour nous placer dans une toute petite pièce grise contenant une énorme machine : le monitoring. Après un toucher et quelques palpations, elle me place les sangles de l'appareil. Mes contractions étaient à ce moment fortes mais espacées. Combien de temps sommes nous restés là, Alain et moi ? Plus de trois heures. Sans aucun doute ! Moi allongée, Alain assis à mes côtés ; nous étions désemparés, nous nous regardions sans trop savoir quoi nous dire. La chaleur était intense et nous somnolions entre les contractions qui ne se rapprochaient pas. De loin en loin (2 fois) la sage-femme venait me palper le col et constatait le graphique. Je me rappelle qu'elle m'encourageait quelque peu et qu'elle m'ait dit que l'ouverture était à 7.

Avec le recul nous avons compris qu'elle ne voulait rien entreprendre avec nous et attendait que sa collègue qui la remplaçait arrive pour prendre la relève. C'était l'heure où elle débauchait, il devait être entre 17 et 18 h. Entre temps, lasse de rester immobile dans ce réduit, je prends l'initiative de marcher. Je déambule dans ce long couloir. Personne de fait attention à moi.

2ème partie
Je ne me souviens plus du tout du rythme des contractions, mais j'ai besoin de penser à autre chose pour pallier la douleur, et entame la conversation avec une femme de ménage en train de nettoyer une chambre. A partir de ce moment, les événements se précipitent. Une chambre s'est libérée me dit-on, une nouvelle sage-femme toute fraîche et pimpante me sourit m'invitant à m'allonger une fois de plus, je me détend dans le grand lit, Alain met de la musique. La sage-femme est douce et me parle beaucoup, me questionne. Elle me perfuse rapidement. En réponse, les contractions s'accélèrent, se rapprochent. La jeune femme m'entoure et m'encourage vient très souvent mais s'occupe de plusieurs accouchements en même temps. Le gynécologue de service fait une très brève apparition. Puis très vite on m'annonce que je vais être transférée en salle d'accouchement, là m'attend le docteur. Ils s'activent autour de moi, je ne pose pas de questions. Telle sera mon attitude jusqu'à la fin. Je me laisse complètement faire. Pendant que je m'installe sur la table, les pieds dans les étriers, le docteur entraîne Alain hors de la salle et le prévient des événements qui vont suivre. Un fort besoin de pousser me prend, mais je ne fais que des défections.

Leur décision est prise depuis quelques temps, ils vont m'accoucher sous anesthésie générale. D'ailleurs, voilà le spécialiste, les secondes s'accélèrent, j'entends le bruit des instruments, la sage-femme me rase. Je suis entre leurs mains. Ce n'est qu'au moment de m'endormir que l'anesthésiste m'annonce son acte. De toute manière cette prise en charge soudaine et efficace me soulage. Je préfère à ce moment là, toutes ces actions à l'attente infernale de la journée écoulée.
L'endormissement a duré quelques 20 minutes. Quand je me réveille Alain et ma mère sont dans la chambre. Ils tiennent Maël propre et habillé qu'ils regardent avec étonnement. Ils me le donnent tout de suite. Mes larmes jailliront avec force. " Je ne t'ai jamais vu pleurer comme cela " me dira ma mère un peu plus tard. Maël dort. Cette sérénité n'est hélas sûrement qu'apparente. Du à l'anesthésie. Sa naissance fut violente avec l'utilisation des forceps. Son crâne était déformé et il portait des marques rouges sur les joues. Il pesait plus de 4 kg et avait l'apparence d'un nourrisson de 2 mois. Je l'ai tout de suite pris contre moi et ai pu l'allaiter une demi-heure après sa naissance, ce qui était pour moi très positif. Si au moins je n'avais pas pu être actrice de mon accouchement, je démarrais bien l'allaitement.
Finalement, j'étais persuadé que dans l'ensemble, la naissance de Maël s'était bien passée. A présent, nous étions tout occupés à découvrir notre nouveau rôle de parents, et à faire connaissance avec notre enfant que nous admirions ? Mais mon rétablissement était lent. J'étais très faible et me suis par deux fois évanouie en voulant me lever. L'épisiotomie subie était importante ( 10 points) et ma montée de lait était tardive paraît-il.
Un docteur est venu un matin et m'ayant palpé les seins, il ordonne de m'administrer un médicament afin de m'accélérer l'arrivée de lait. Cette intervention me désempara, heureusement que la puéricultrice présente ne l'écouta pas en m'affirmant que la montée était proche.
Cette maternité bien que désireuse de proposer une conception plus harmonieuse de la naissance n'a aucune politique en faveur de l'allaitement. Personne n'est venu me monter les gestes, les positions etc... Et un biberon ornait tous les matins ma table de nuit. Mais ma détermination à nourrir mon enfant est inébranlable. Nous avons pu rejoindre notre maison six jours plus tard.

Caroline.

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