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                                 Laure et Yann

 


    Nous venons de recevoir votre lettre ; après la surprise, nous avons laissé place à l'émerveillement de partager les mêmes convictions profondes qu'autrui, et enfin à la motivation de participer à cette aventure dans laquelle nous avons d'ores et déjà un pied, mais en laquelle nous voulions réellement nous investir de toutes les façons, sans avoir encore réussi à concrétiser celles-ci.

   Oui, nous voulons mettre nos maigres talents à la disposition de ce superbe projets : l'écriture, le dessin, voire la mise en page de ce journal nous intéresse au plus haut point : Yann est infographiste de métier et " se débrouille " dans le maniement du crayon, quant à moi, je voudrais partager mes expériences et mes pensées si complexes en ce moment (je suis enceinte de 7 mois) avec toutes les oreilles ou les yeux volontaires !
   Nous avons créé une association 1901 intitulée " graphistes récidivistes " détenant un statut très " large " permettant ainsi la création, diffusion, production de toutes sortes d'idées et celle-ci m'apparaît comme pouvoir en faire partie. 
Pourquoi ne pas en discuter ? Ce serait intéressant de pouvoir éditer ce journal sous couvert d'association ? Nous aimerions avoir votre opinion sur ce point.

   Quant au sujet qui nous intéresse, il s'agit, étonnamment pour la plupart des gens, d'une idée de Yann voyant en l'accouchement à domicile la dimension traditionnelle et patrimoniale. Il est vrai que tout au long de notre vie, on nous questionne sur " cette origine " : " où es-tu né(e) ? " et l'hôpital, la clinique ou tout autre lieu dont les murs ont supporté notre premier cri devient alors un lieu quasi-sanctifié qui ne peut être que le plus beau et qui détient de toute façon le plus important morceau de notre histoire, notre naissance !

   Alors, imaginez ce que pourrait être d'annoncer victorieusement que ce lieu béni où notre mère a pu nous presser contre son sein et notre père poser ses yeux attendris et émerveillés sur notre première apparition, que ce lieu n'est autre que sa propre maison, son " chez-soi ", son nid douillet où cette histoire va se dérouler....

   Il y a eu en outre le côté anecdotique du grand-père qui est né dans " la chambre du fond ", qui pesait à peine 3 livres et que l'on réchauffa au feu de bois... je veux dire que vraiment notre histoire à chacun connaît un début ; même s'il est entendu que celui-ci a lieu au sein du ventre maternel, ce début, s'il peut avoir lieu là où l'espace et l'entourage se chargerait de souvenirs, alors ce prélude à la vie devient plus qu'un simple passage, qu'une simple étape, il devient réellement ... et vécu pleinement.

   Je crois qu'il ne peut en être cas dans un hôpital avec une chambre blanche, un berceau en plastique fumé, des draps marqués CHU et la même lampe de chevet à Annecy qu'à Amiens ; vous parlez de photos prises au moment où votre Gabriel a vu le jour ; n'est-ce point là l'image même de ce que je voudrais exprimer ? Est-ce qu'en regardant cette photo dans quelques ou plusieurs années, vous ou Gabriel, ou ses frères et soeurs ne se diront pas " tiens, la salle de bains était peinte en bleu à cette époque ? ". Ou bien est-ce qu'il n'y a pas dans votre famille une émotion à prendre un bain là où est né un des leurs ? ! Je suis sûre que même si le papa n'était pas là, il y était car c'est chez lui et qu'il devait forcément y avoir un peu de lui, de son odeur, voire de son magnétisme dans cette salle de bain et Gabriel le sait, l'a senti, ce qui ne peut être le cas dans une maternité ! ! Est-ce que l'on revoit un jour la sage-femme ou " l'accoucheur " (je trouve ce terme atroce, d'abord parce qu'il est masculin, et surtout parce qu'il induit l'idée qu'une femme et son enfant ont besoin de quelqu'un pour décider du moment et de la façon de faire (de la part de quelqu'un qui ne l'a et ne le vivra jamais ! ! ! " ... brrr !)

   Bref, est-ce qu'il y a une chance en hôpital pour que les acteurs de notre glorieuse apparition se souviennent aussi fortement que les murs de votre salle de bains ? ! ! Est-ce que les visages de l'équipe médicale resteront à jamais gravés dans nos mémoires ? Il ne peut en être question. 
Vite et bien, l'équipe rentre certainement dans ses quotas d'efficacité ! Seulement, il y a quand même une chance ou deux pour que ces médicaments n'aient pas plu au bébé, que ces contractions non plus (c'est comme si l'on apprenait tranquillement à marcher et qu'une machine ou une drogue nous fasse courir !). Quant à maman, et bien elle ne l'a pas senti vraiment passer, elle a eu mal quand même mais elle était un peu shootée, alors la conscience.... ? ! Que l'on prenne trois efféralgans codéïnés dans la journée parce qu'on a des règles douloureuses, bien ! Après tout, cet état névralgique est plutôt bébête et rigolo, mais il ne met aucune vie (psychologique) en jeu....

   Je sais que tout cela vous le savez et que je laisse un peu ma colère user mon stylo, seulement j'avais et j'ai besoin de le dire, de l'écrire. 
A en juger par les réactions souvent étonnées, mais toujours intéressées des gens à qui j'en parle, à en juger par les témoignages des femmes qui ont accouché à tel hôpital avec tel médecin qui " est bien " et avoir rencontré ce médecin et me dire " mon Dieu, ce personnage est froid et me traite en morceau de viande ! ", à en juger par votre témoignage et votre volonté de le faire partager malgré les écoutes rebutoires, alors je me dis que mon tout petit coup de gueule n'est peut-être pas si inutile que ça.

Je suis ravie de vous avoir rencontrée, ne serait-ce qu'épistolairement.
Je vais accoucher d'un jour à l'autre, et me sens vraiment détendue à cette idée.
A bientôt

                                                               Lettre à ma fille

Alors, tu es née, Emma, Camille, ma fille. Et des voix se sont tues, d'autres se sont levées. " Mon Dieu, tu as accouché à la maison ! " " Je n'ai rien voulu dire avant " " Quel courage ! "
Et moi je trouve que les courageuses sont celles qui sont sorties de leur " nid " familial pour accoucher dans une endroit froid avec des personnes " inconnues ".
Ma première contraction s'est faite sentir à 6h30 le mardi 26 janvier au matin ; elle me réveille mais ni ne m'affole ni ne me met " la puce à l'oreille " ; je me rendors ! La deuxième à 10h30 me réveille à nouveau (Les grasses matinées sans culpabilité sont le privilège des femmes enceintes) et je panique ! Loin de moi l'idée que la naissance approche, mais nous n'avions pas préparé notre " nid " : étant en plein cœur de l'hiver, nous devions préparer un lit, des coussins.... bref, un coin douillet près des points d'eau, or notre maison étant une vieille béarnaise, cela/nécessitait quelques aménagements au rez-de-chaussée. La pièce devait être chauffée à 25° et ce ne fut pas chose facile en ce rude hiver 99 !

Devant mon insistance , Yann est rentré du travail pour m'aider à aménager ce " nid " et Marie-Line est passée me voir : " tout va bien, si tu as du nouveau, tu m'appelles ". L'après-midi a été chargée en contractions de pré-travail (qui fatigue mais n'avance pas vraiment le processus... charmant !). 

 

 

 

 

Puis Marie-Line est revenue, j'ai pris un bain et une légère fatigue due au jeûne depuis la veille se faisant sentir, je dis à Yann et Marie-Line d'aller se coucher après avoir mangé, que tout allait bien. Il était 20h. Et pendant qu'ils " dormaient ", les vraies contractions d'ouverture du col se sont faites sentir jusqu'à celle de 23h30 après laquelle j'ai eu des frissons de froid et claquait des dents. Je le dis à Marie-Line qui me dit : " Tu es à 5,6 " " Hein ? Quoi ? Mais déjà ? Ah bon ? " Alors je reprendrais bien un bain, malheureusement l'eau chaude se fait rare, et il va falloir faire chauffer des casseroles... Yann se met aux fourneaux...
Je suis pratiquement restée dans l'eau durant les 6 petites heures qu'a duré le travail sans avoir à aucun moment la sensation, la conscience que j'allais, que j'étais en train de t'aider à venir au monde !
Quant à ce qui se passait autour de moi, j'étais à la fois actrice très présente (mais muette) et à la fois dominée totalement par mon corps, mon état, mon travail ; c'était comme si tous mes sens en accord obligeaient mon cerveau à " oublier " ses autres facultés au profit des seules qui pouvait m'être utile à ce moment là ; il était comme au ralenti pour ce qui était de la communication avec Yann et Marie-Line, qui assuraient une eau à température, l'autre que tout ce déroulait à merveille (elle le dira plus tard !), tout en faisant une confiance totale appuyé de quelques mots d'encouragement.
Alors, j'ai vu la tête !
Alors j'ai réalisé comme une gigantesque claque (c'est une image) comme mes yeux enfin ouverts, que tu étais là, que " j'accouchais " !
Tu aurais pris possession de mon âme (esprit), pour qu'elle t'aide à diriger , à modeler, mon corps afin qu'il te soit le plus doux possible de venir au monde.
Tu as choisi ton heure Emma, nous n'aurions plus qu'à te laisser faire.
Tu es restée 1h30 sur mon ventre, à téter avant que nous nous soucions du sexe et du cordon.
La lumière douce de quelques bougies et l'eau du bain t'ont accueilli et depuis, chaque jour, tu ensorcelles me vie.
Je t'aime,
Maman

                                                                       LE PAPA

   Je suis " né-cliniquement " et sans problème. J'ai grandi dans une maison familiale chargée d'histoires. C'est certainement de là que m'est venue l'envie d'avoir un enfant né à la maison, à l'âge où l'on se pose des questions sur la paternité, quand on entend ses amis parler d'avoir " assisté " à l'accouchement de leur femme. Mon problème est d'avoir une peur bleue du milieu hospitalier, et je m'excuse pour tous les amis pour qui je n'ai pas eu le courage d'avoir rendu visite pour leur appendicite, quand ce n'était pas plus grave ! Comme tous le monde, je pense faire confiance au corps médical en cas d'accident, après tout a-t-on le choix ? J'ai eu la chance de trouver la femme de ma vie, de l'aimer très fort, et d'avoir acheter avec elle une maison. Le désir d'enfant est ainsi venu naturellement, et lorsque Laure m'a appris qu'il était possible d'accoucher à la maison, c'était comme deux rêves qui se réalisent en même temps. Nous allions par là même agrandir et consolider notre patrimoine.
Motivés dans un même élan, nous avons vécu une grossesse magnifique ponctuée par les merveilleux contacts avec Marie-Line, notre sage-femme. J'allais à mon tour " assister à l'accouchement mais dans le vrai ses du terme : porter assistance. C'est ce qui est arrivé : essayant de chauffer notre cuisine à 25 °C (ce qui a nécessité 4 appareils : 2 à pétrole et un électrique, et un poil à bois !) , et une panne du chauffe-eau (toujours quand y faut pas) m'a ajouté la casquette " responsable température " du bain ! avec les aller retour de casseroles vers la salle de bains ! bref, j'ai modestement joué mon rôle durant 5 heures de travail de Laure. Ensuite tout c'est bien passé. Laure nous a fait le plus beau cadeau du monde : notre fille Emma.
Si je ne rentre pas volontairement dans les détails de l'accouchement, c'est qu'il me vient en tête l'image des couloirs de maternité, ces portes vitrées, ces visites incessantes de personnes, etc... et égoïstement, je veux garder ces instants pour nous, éclairés à la lumière des chandelles, à écouter seuls, respirer notre enfant.

 

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