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                               Cécile et David 

 

 

Voici l’histoire qui a changé ma vie et qui m’a transformée. C’est tout un parcours que je vais vous raconter, qui a fait de moi ce que je suis. Ce chemin de neuf mois, a été riche en rencontres et en sensations. Il m’a amené à réfléchir ma vie autrement, à devenir responsable et maman à me transformer complètement en femme, moi qui hésitais quelques fois à en être fière. Aujourd’hui je suis l’heureuse maman de Florie, 3 ans et Hugo, 1 an.

Cette histoire a commencé un mardi du mois de mars. J’étais enceinte de trois mois. Ce matin là je me suis rendue au centre social près de chez moi, pour chercher des livres à la bibliothèque. Peut être était-ce un livre de prénoms ou un quelconque « j’attends un enfant ». J’ai lu sur le panneau d’affichage : « ce soir 20H30, film et débat : Accoucher Aujourd’hui ». Avide d’informations sur un sujet qui me tenait en émoi, et dont j’avais peu d’exemple autour de moi, je résolus de m’y rendre. 

Le soir même j’assistais à la projection d’un film très complet, où je comprenais que ma responsabilité de maman était déjà en marche, que mon rôle de maman commençait déjà. Des choix était possibles. Je découvrais l’envers des lieux ou l’on « fait accoucher les femmes », les protocoles qu’imposent l’organisation des équipes des maternités, le manque d’accompagnement qui résulte de ces nécessités.

Des parents étaient venus témoigner de leur accouchement à la maison. Leur récit était émouvant. Mais j’ai pensé. Accoucher chez soi, c’était du temps de ma grand-mère. Ce n’est plus de notre époque ! Je me suis rappelé la petite phrase fatale de mamie : « Pour toi (ma mère), c’était très long, j’ai bêlé pendant des heures. »

Plus tard, je me remémorais le ton du débat. Je pensais : « moi aussi je veux qu’on accueille mon bébé de la meilleure façon. Moi aussi je veux être respectée. Mais non je ne veux pas d’épisiotomie. » Forte de l’expérience des parents qui avaient témoigné, et des explications d’une sage-femme, je suis partie en quête dans les maternités. Je pensais qu’en demandant, j’obtiendrais. 

Le premier médecin qui m’a reçu n’a semble-t-il rien compris de ma demande. Mais c’est sans doute grâce à lui que j’ai poursuivi mon cheminement, qui a abouti à choisir l’accouchement à domicile. A mes quelques questions il a répondu : 

« Accoucher assise ? Marcher ? Mais madame, chez moi c’est 100% sécurité. Si vous êtes ici 8 heures, vous aurez 8 heures de monitoring. C’est le médico-légal, qui l’impose. Imaginez que votre bébé souffre et que je ne m’en aperçoive pas à temps, vous vous retournerez contre moi, vous m’attaquerez en justice ! » 

A ce moment, j’ai pensé à l’accueil du bébé. Je croyais que tout le monde pouvait comprendre que l’on veuille accueillir son bébés en douceur ! Non ? 

« Est-ce qu’il y a une pièce avec une lumière douce ? », demandais-je. 

« Madame, ajouta-t-il en rigolant, avec vous on se croirait revenu 20 ans en arrière du temps de Leboyer. Rien ne prouve que les bébés n’ont pas besoin d’une lumière violente en naissant ! »  

Interloquée, je proposais : « Il y a des couples qui accouchent à la maison et ça se passe bien. Qu’en pensez-vous ? »  

A quoi il répondait : « Croyez-moi ceux qui accouchent chez eux une fois, ne renouvellent pas leur expérience ! »

Cet entretien a été un choc. Sur le moment je ne pouvais rien argumenter. De toute façon, qu’aurait bien pu dire une ignorante comme moi, sans aucune formation médicale, tout juste future mère. Je n’ai pas osé demander à visiter le lieu. J’ai continué ma recherche mais sans grande conviction, ou plutôt convaincue que tout le reportage que j’avais vu, disait vrai. La preuve venait aussi de la publicité d’une petite maternité. Elle propose des accouchements moins médicalisés. Les alternatives au 100% sécurité étaient donc possible !

 En visitant cette maternité j’y ai vu la salle d’accouchement avec mes lumières douces. « à intensité réglable » me dit la sage-femme, le matelas, la baignoire centrale. C’était charmeur. Mais il y avait aussi la table d’accouchement classique et ses étriers, et cette philosophie qui veut qu’un accouchement est toujours porteur de risques. Donc on envisage tout l’événement (actes techniques, médicamenteux ou humains) avec cette idée en tête. 

Ces médecins que j’ai rencontrés que me proposaient-il ? Leur peur. Je n’en veux pas de cette peur, j’ai confiance en moi, en mon bébé. Bien sûr je veux la vie pour mes enfants, mais une belle vie, avec de l’amour. 

  David mon compagnon m’a toujours soutenue. « Quoique que tu décides pour cette naissance je te soutiendrais. J’ai confiance. Et c’est surtout toi qui va accoucher. » Quant à mon entourage je ne parlais pas trop de mes réflexions. Il y avait pourtant mon beau-père médecin généraliste, qui me posa la question « alors où tu accouches ? ». 

A quoi j’ai répondu avec défi «  à la maison ! ». 

Si tu ne vas pas à l’hôpital je t’y traînerais par les pieds. » 

 En trois mois de cheminement je savais ce que je voulais : l’accompagnement global de la grossesse et la naissance par une sage-femme. Nous étions même si sûr de notre choix que nous l’avons expliqué à mon beau-père. Et il nous a compris. Il a conclu en constatant que nous étions bien plus prêts que eux, à l’époque où ils attendaient leur premier enfant, lui étudiant en médecine et elle infirmière.  

Quel changement ! Une sage-femme confiante dans son métier et dans la nature. Qui vous communique sa confiance et qui part d’un a priori tout différent, vous êtes femme, vous êtes capable de mettre au monde un enfant. D’instinct, j’avais confiance dans les capacités de mon corps à mettre au monde des enfants. 

Les visites que j’ai eu avec la sage-femme, Marie-Line, m’ont confirmé que mon choix était le bon. Je n’avais pas peur. La seule chose c’est que peu de personnes parlaient de la douleur je m’y suis finalement très peu préparée.

 

 

 

 

 

 Les consultations avec la sage-femme étaient longues très longues, mais avec beaucoup de réponses. J’étais enfin écoutée, bien au-delà de ce que j’aurais pu espérer demander. Ces consultations tenaient compte de la présence du père. Lui aussi était écouté. La confiance s’est installée. J’avais le temps de réfléchir à mes questions, à mes peurs. Les silences ne signifiaient pas « fin de la consultation ». J’ai ainsi découvert que le principal ne résidait pas forcément dans les examens cliniques. 

 Cet accompagnement j’ai pu l’apprécier encore plus lorsque j’ai été enceinte de Hugo. J’ai alors débuté le suivi au 3ème mois de grossesse. Les examens sont mêmes devenus secondaires. Le principal était de connaître mon état d’esprit, mes états d’âmes, mes souffrances passées qui resurgissait alors.

Au dernier mois de grossesse, la sage-femme est venue chez moi. Elle a visité notre appartement. Nous avons offert un rafraîchissement. Une visite d’amie en quelque sorte. Ce jour là, elle a pratiqué l’examen clinique de mon bassin. J’ai découvert qu’on pouvait le faire autrement qu’avec une radio du bassin 

Afin est venu le temps de la naissance.

David décide de partir faire des courses. Rien ne presse encore.  

Je descends au courrier (3 étages sans ascenseur).  

>A midi Marie-Line arrive. David a préparé le repas et une grosse soupe ? ?. La sage-femme m’examine pour savoir si le col a commencé à s’ouvrir, « tout juste un doigt, me dit–elle. Mais le bébé va arriver aujourd’hui. » Oui, oui, c’est pour aujourd’hui ! J’ai encore bien du mal à y croire. On passe à table. Je croyais avoir faim, mais rien ne passe. Les contractions se précisent. 

Est-ce qu’il faut avoir un peu mal pour accoucher ou bien est-ce le contraire, parce qu’on me confirme que c’est le moment, j’ai mal. Autrement dit feu vert pour l’arrivée du bébé. Ce qui est sûr c’est que je commence à avoir le tract, et très vite la peur suit. Je me mets à marcher, je fuis un peu. Je crois que je ne voulais pas m’exhiber dans mes contractions. Je marche d’une pièce à l’autre. C’est pratique je me retrouve seule, mais à vingt pas du papa et de la sage-femme. 

Je n’ai plus du tout confiance en moi. J’ai de plus en plus peur. Le col ne s’ouvre plus. Sur le canapé, je m’endors un peu épuisée. Je voudrais bien abandonner. Vingt minutes sont passées et les contractions reprennent de plus belle. je déambule de nouveau et de plus en plus vite. Ces sacrées contractions me suivent et me poursuivent sans arrêt. Le travail avance très doucement, je m’en rends compte parce que la nuit tombe. 

Combien de temps encore ? Marie-Line ne m’examine pas assez souvent à mon goût. Je le lui demande, j’insiste, mais elle sait où j’en suis. Toujours sept centimètres. J’ai envie de pleurer mais les larmes restent dans la gorge à moins que ce ne soit plus bas encore. Marie-Line me propose souvent de crier. Mais la seule chose qui vient c’est : « j’en ai marre, je veux mourir ! ». 

Pourtant depuis plusieurs heures l’intensité des contractions n’a pas changé. Je sais maintenant que je me retenais un maximum. Je le faisais en douceur, et en douceur il faut du temps, pour réaliser vraiment que l’on devient maman. Marie-Line me propose le siège d’accouchement, il manque de confort. Au bout de deux contractions, et je me relève. Un autre tour d’appartement, avec les épaules de David pour me suspendre de temps en temps. Cette position à le mérite de soulager mes reins.

J’ai bien peur. Je contrôles parfaitement ces contractions, parce que je ne veux pas qu’elles me submergent. Je change sans arrêt de position, pour ne pas laisser les contractions s’installer trop fortement. J’utilise toute mon énergie, mais pour fuir ces contractions, et pas pour les vivre. Je ne veux pas avoir mal. Peut être ce sentiment commun que pour bien accoucher, il ne faut pas trop souffrir. 

Finalement il est descendu ce bébé. Je me rappelle avoir marché les jambes écartées, mon bébé à la vulve. Même une fois le col ouvert c’est long. Marie-Line me masse le périnée, pose un linge chaud pour aider à détendre les muscles. Comme je suis assise sur le siège d’accouchement, et qu’il fait nuit maintenant, elle est quasiment allongée devant moi avec une lampe frontale. Je me souviens vaguement qu’elle avait posé un bol d’eau chaude avec des huiles, pour que mon périnée s’ouvre de la meilleure façon. 

Je me décide et je pleure : « Vient bébé vient, je vais être maman. » Marie-Line me propose de sentir la tête de mon bébé. C’est trop mou ! La poche des eaux est devant encore intacte.

« Si tu veux, tu peux la percer avec ton doigt » me dit Marie-Line. 

Je n’y arrive pas, c’est trop épais. » 

«  gratte un petit peu. ».

La chaleur du liquide m’envahit et de suite la brûlure du passage. Je pousse malgré moi. Je sens mon corps s’ouvrir. J’ai du mal a imaginer que mon périnée puisse en faire autant. Tant pis, il faut que le bébé naisse maintenant.

Dix minutes après avoir percé la poche des eaux, je sens un petit être glisser entre mes jambes. Marie-Line soulève le bébé pour que je puisse l’attraper. Déjà il était sur mon ventre. « C’est une fille !  Ce sera Florie. ». Nous la découvrons ensemble avec le papa. Je suis toujours assise sur le siège d’accouchement un peu affaissée en arrière dans les bras du papa. Il a ses bras qui m’entoure et son visage par dessus mon épaule gauche. J’observe le visage de Florie, ses cheveux si noirs, le duvet qui recouvre son dos, le vernix, et ses yeux. Elle semble bien éveillée et déjà curieuse. Elle est calme. 

>Lasse, je sens une contraction, le placenta déjà ! Marie-Line me demande de me redresser légèrement, et il sort. A ce moment je dit « je vais tomber dans les pommes ! ». Le papa et la sage-femme me portent déjà dans le canapé. Je me rends compte que Florie a disparue. « Je veux ma fille, je veux ma fille ! » Comment si fort dans mon ventre peut-elle être déjà si loin de moi. A deux mètres, c’est trop loin, je la veux sur moi. « Elle va très bien, me dit Marie-Line, je dois m’occuper de toi. ». J’insiste encore pour l’avoir sur moi. Un peu agressive je lui réponds : « Je vais très bien tu n’as pas besoin de me perfuser ».

La sage-femme a quand même insisté pour me perfuser du glucose. J’ai enfin pu mettre Florie au sein. Pendant deux heures de temps Marie-Line a massé mon ventre pour aider l’utérus à revenir en place. Je trouvais ça long. A quatre heures du matin, elle est rentrée chez elle, en nous disant :« A demain ». Je n’ai pas bougé du canapé. Florie a dormi sur mon ventre. David est venu a côté de nous en portant un matelas près du canapé. J’ai peu dormi cette nuit là, mais j’étais heureuse.

 

 

 

 

 

Nous n’avons pas attendu bien longtemps pour concevoir un deuxième enfant. Un an après cette naissance, j’étais de nouveau enceinte. Cette grossesse a été plus difficile. D’abord il y avait Florie, dont il fallait beaucoup s’occuper. Ensuite j’étais marquée par l’histoire de ma propre mère attendant son deuxième enfant. L’accompagnement de ma sage-femme a été alors d’un immense secours.

Au début de la grossesse, nous avons fixé la date du terme prévisible. J’ai pensé qu’il fallait ajouter une bonne semaine aux calculs habituels. Je connais un peu mes cycles, ils sont d’au moins 5 semaines. Marie-Line me dit « le six ou le sept ? » je réponds le six. « Si tu avais choisi le 7 s’était le jour de la fête des mères ! » La sage-femme prend toujours en compte les sentiments de la future maman.

Le six juin exactement à la date prévue, les contractions sont arrivées. Marie-Line est venue constater que le travail avait bien commencé. Je lui ai proposée de faire quand même la visite qu’elle avait prévue avec de nouveaux parents, et de revenir dans deux heures. Je voulais en profiter pour aller marcher dehors.

Florie est là. Je ne voulais pas qu’elle parte. C’est bien agréable de la sentir près de moi. Je me rappelle sa naissance. David s’occupe d’elle, présent mais pas envahissant, pas inquiet. Je suis dans mon monde, sans me sentir seule. Marie-Line revient, le col est ouvert à 7. Je marche peu. Je suis concentrée. Florie part à la sieste.

Allongée un moment sur le côté, je sens les contractions de poussée. De suite la poche des eaux se perce. Je veux me relever. Je m’installe dans le couloir, suspendue à un drap que l’on avait ajusté en forme de hamac. Le papa dans mon dos me soutient, Marie-Line accroupie devant moi. Je me souvient de son visage souriant mais concentré. Elle me demande de détendre ma mâchoire. Elle m’encourage à crier plutôt dans les graves quand les contractions viennent. Elle me conseille de projeter mon crie le plus loin possible.

Florie se réveille. David n’est plus disponible pour elle. J’ai trop besoin de lui à ce moment. En plus Florie s’inquiète de me voir crier. David préfère appeler les grands-parents pour qu’ils aillent se promener avec elle.

Je continue à pousser, la tête du bébé sort. Et je n’ai plus de contractions. Cela me fait paniquer. Marie-Line me propose de changer de position. Je bascule en avant pour me mettre à quatre pattes. C’est plus confortable que je ne pensais ! Dans cette position le papa était derrière moi c’est lui qui accueillera le bébé. Marie-Line lui demande de ne pas tirer la tête. Le corps vient avec la contraction suivante. David l’accompagne jusque sur le sol. Il dort. En me penchant la première chose que je vois ce sont ses fesses. Je suis contente, un petit garçon ! 

Me voici maintenant assise sur le siège d’accouchement pour la délivrance. Je prends mon bébé dans les bras, et je dit à David d’appeler Florie. Elle arrive très vite avec un petit bouquet d’œillet, et un grand sourire. Le placenta sort. Nous voilà réuni en famille. C’est un moment très fort pour moi, très émouvant. Je me sens en grande forme, envahie d’un grand amour.

Souvent je me dit que j’ai eu une grande chance de vivre ces 2 accouchements de cette manière, et d’avoir rencontrer cette sage-femme. Elles sont si peu nombreuses à exercer ce métier aujourd’hui. J’ai vécu un accompagnement très humain. Même après la naissance, je ne me suis jamais sentie abandonnée, seule, désemparée. La sage-femme venait tous les jours au début, puis de façon plus espacée, ou quand j’en ressentais le besoin, et jusqu’au un mois du bébé. Elle me soutenait dans mon allaitement. J’ai gagné une grande confiance en moi pour élever mes enfants. 

 >Et pour tout ça je remercie Marie-Line.

 

Le Papa 

 

 

Je m’appelle David, j’ai deux enfants. Je remercie ma femme Cécile et la sage-femme Marie-line, pour le travail qu’elles ont fait pour eux.

Ils sont nés dans un appartement à Billère (64). Pourquoi ? Parce que ma femme voulait accoucher de cette manière, et ce sont les femmes qui accouchent. Elle a donc fait comme elle avait envie sachant que je l’aiderai de mon mieux. Une raison pour laquelle j’étais gêné de faire ça dans notre appartement était le bruit que nous allions faire et à quelle heure. C’était, je crois une timidité de jeunesse de ma part, maintenant je chanterai avec elle si cela doit l’aider.

La première naissance c’est l’inconnu, malgré la quantité d’informations que nous avions (livres, films, témoignages, entretiens avec la sage-femme). Le jour venu nous avons appelé le matin. Marie line est arrivée avant le repas. Je me suis occupé de faire à manger pendant que les filles discutées. Je suis le seul à avoir mangé. L’examen suivant a déclenché le branle bas de combat : « David va me chercher mon matériel s’il te plait ». Il y avait sept valises métalliques et un siège d’accouchement. Jusqu’au troisième étage cela m’a pris un certain temps et un peu d’énergie. « Il faut chauffer dit Marie line, 25°C s’il te plait ». Je la vois prendre des notes. « Il y a les instruments à stériliser ». Je fonce dans la cuisine pour commencer la vaisselle et ranger, il me faut une cocotte minute propre. Je me change, il fait chaud. Mine de rien la pression monte (pas encore dans la cocotte minute !) et je suis quand même très à la bourre. Je retourne voir Cécile de temps en temps pour les contractions. Elle est avec Marie line qui s’est changée elle aussi. Cécile marche, nous nous déplaçons toujours derrière elle avec une alèse au cas ou elle perdrait les eaux. Je continue mes allers-retours entre la cuisine et le salon. Cécile marche de long en large, s’allonge, se suspend à mon cou et décide d’aller prendre un bain. Je suis de nouveau dans les temps, Cécile me demande de me raser. Il faut que je sois doux et que je sente bon pour accueillir le bébé. Marie line rit beaucoup en rentrant : la future mère dans le bain et le futur père en train de se raser. « Ça va vous n’êtes pas inquiet ! ». Cécile recommence à marcher, elle est dans son monde et je me sens de plus en plus impuissant, courant derrière avec mes alèses. C’est la fin de soirée et je ne « vois » toujours rien. Le travail c’est l’ouverture du col de l’utérus et pas des « dernières portes ». Le futur père très primaire ne peut donc pas voir progresser la descente du bébé. Après examen Marie line confirme ça avance ; ouf ! Nous faisons des massages. Nous avons arrêté de suivre Cécile avec les alèses, advienne que pourra. C’est le soir et on sonne à la porte :   « Louis ! on est occupé »  « ….. »  « Salut »  « …. ». Une fois la porte fermée je suis désolé d’avoir été aussi sec.

 

 

 

 

Il ne reste plus qu’une seule petite lampe allumée dans l’appartement. Cécile est assise sur le siège d’accouchement, je me trouve contre son dos derrière elle, assis sur un tabouret. J’aperçois le visage de Marie line surmonté d’une lampe frontale qui réapparaître de temps en temps. La poche des eaux bombe à l’extérieur et Marie line propose à Cécile de la percer. Cécile pince et plouf ! Voilà les cheveux tout noir qui apparaissent. Marie line guide la main de Cécile pour qu’elle touche doucement « je vais avoir un bébé ». Un instant plus tard par-dessus l’épaule de Cécile je vois la tête de l’enfant qui dépasse les yeux grands ouverts. Je suis sur qu’elle me regarde. Deux contractions de plus et voilà l’enfant sur le ventre de sa mère. C’est le 27 août 1996 à 23h59. « Marie line, prend-nous en photo s’il te plait ». « Regarde c’est une fille ». « N’oublie pas Cécile, il faut faire sortir le placenta ». Peu après la délivrance Cécile vire au blanc, Marie line pose notre fille dans une couverture. Je soulève ma femme et la pose dans le canapé. Marie line lui met un cousin sous les pieds et la réveille. « Où et t’elle, je la veux, je la veux ». J’attrape Florie et la pose sur le ventre de sa mère. Le petit bout se débat déjà pour attraper le sein. « Cécile je vais te perfuser, c’est de l’eau et du sucre, tu es fatiguée ». Marie line termine quelques petites choses, nous rangeons un peu. Il est 4h00 du matin et la sage femme rentre chez elle. Sur le canapé Cécile dort déjà, Florie sur le ventre. Je m’attrape un matelas et nous dormons tous là jusqu’au matin. 

La naissance de notre deuxième enfant s’est passée dans le même appartement. C’est Marie line qui est venue nous assister pour ce nouvel événement. Nous étions je crois moins inquiet que la première fois. Florie était contente, depuis le temps qu’elle attendait que le bébé sorte. Elle ne se doutait pas encore de ce que cela impliquerait vraiment pour elle.

J’avais installé dans le couloir une barre de traction avec des cordes des mousquetons et un drap pour se suspendre. Je me suis concentré sur ma fille qui sentait que l’on ne s’occupait pas trop d’elle. Marie line et Cécile sont de nouveau dans leurs mondes respectifs, peut être le même ! Je suis moins inquiet et je vais à mes occupations : ma fille, la cuisine, un peu de tout partout pour ne pas être en retard. Il n’y a pas de linge sale en retard.

A 16 h 00 la naissance est très proche, le travail se poursuit et Cécile qui « chante » de plus en plus fort fait pleurer Florie. Je téléphone aux grands-parents qui passent la chercher. La tête du bébé est sortie. Cécile, qui se trouvait dans le couloir suspendu aux draps et face à la sage femme, change de position et se met sur les genoux. J’observe la tête de l’enfant et j’aperçois autour de son cou une marque blanche. Je fais signe « il y a le cordon autour du cou ? » « Non me dit Marie line j’ai déjà regardé, c’est un doigt d’une main ». C’est la contraction suivante, je soutiens la tête avec mes mains. De toute mon impuissance je veux apporter mon aide. « Ne tire pas me dit la sage femme ! ». Je n’aurais pas tiré fort mais je pense que je l’aurais fait. Reflex masculin spécialiste en mécanique. La contraction suivante et c’est l’expulsion, j’accompagne le bébé sur l’alèse. Il ne bouge pas, ne respire pas. En voyant mon regard inquiet Marie line précise : « Nous ne l’avons pas dérangé beaucoup, il dort ». Cécile se rassoit sur le siège et prend l’enfant contre elle. Je téléphone pour que ma fille Florie revienne et je retourne me mettre derrière Cécile. Mes parents déposent Florie devant à la porte de notre appartement avec un bouquet d’œillets et c’est dans l’intimité de notre famille que nous accueillons ce petit garçon : Hugo.

 

Je t’aime Cécile et je te remercie de l’accueil à la vie que tu as réussi à donner à tes enfants. 

 

Réponses aux questions de Sigrid : bof ! ! Une autre fois. 

 

: Pour la naissance de Hugo notre second, je n’ai pas essayé de pénétrer ce monde inaccessible dans lequel Cécile a disparu. 

 

 

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